Lucien Planson

Fils de bonnetiers, né le 15 juin 1901 à Troyes, Lucien Planson fut l’un des fondateurs et des premiers dirigeants du PCF de l’Aube dès le lendemain du congrès de Tours. En février 1924, il était membre du conseil départemental du syndicat unitaire du Textile de l’Aube qui élut le successeur de Charles Doucet au secrétariat, et il devint lui-même secrétaire en novembre de la même année. Au nom de cette organisation, il appela le 12 octobre 1925 à la grève générale contre la guerre du Maroc, avec Marcel Cuny. Il se maria le 26 octobre 1925 à Radonvilliers (Aube) avec Albertine Petitot. En 1926, il assura le secrétariat du comité d’action du Textile qui comprenait Driffort pour la CGT, Charles Alfred pour la CGTU et Mitivier pour la CFTC ; de nombreux meetings communs eurent lieu. Planson organisa également en février 1927 une série d’actions en riposte à l’offensive patronale contre les salaires dans le Textile.

Il prit une part active aux démonstrations de solidarité en faveur de Sacco et Vanzetti. Le 9 décembre 1927, il passa devant le tribunal correctionnel pour un article contre les conseils de guerre paru en septembre dans la Dépêche de l’Aube et fut condamné à quatre mois de prison et 200 F d’amende, condamnation qui fut confirmée en mai 1928. Lucien Planson joua un rôle important dans la grève de la Société générale de bonneterie qui dura sept semaines en mars-mai 1928. La même année, en juillet, il présidait un meeting pour la libération de Joseph Navoizat qui venait d’être arrêté. Lui-même le fut également le 26 décembre pour sa protestation contre l’incarcération d’un soldat aubois. En mai 1929, il figura sur la liste des candidats du Parti communiste au conseil municipal de Troyes. Il participa activement aux manifestations du 1er août 1929 contre la guerre impérialiste ; arrêté à l’issue de l’une d’elles, il fut condamné, sur le témoignage d’un policier, à treize mois de prison pour avoir « incité à jeter des pierres ». La Dépêche de l’Aube du 4 août salua « les vaillants militants Cuny et Planson », tous deux emprisonnés jusqu’au 9 juin 1930. Dès le surlendemain de sa libération, il reprenait ses activités, parlant à des meetings avec Plard et Cuny.

En 1931, Planson entra en conflit avec son organisation. L’organe de la CGT, l’Aube ouvrière, ayant, dans un écho paru en mai, fait allusion aux heures supplémentaires effectuées malgré l’inspection du travail, le syndicat unitaire du Textile répliqua dans la Dépêche du 6 mai : « Planson ne peut engager à aucun moment la responsabilité de notre organisation attendu que, n’ayant pas repris sa carte 1931, nous le considérons comme n’étant plus adhérent au syndicat unitaire. » Au IVe congrès de la 21e Union régionale CGTU tenu le 7 juin 1931, un délégué du Textile de Troyes fit allusion à la perturbation causée dans le syndicat du Textile par le départ de son ex-secrétaire dont « le prétexte de maladie n’est pas valable puisque peu après il lâcha le syndicat ». Par ailleurs, Planson était attaqué par la CGT, l’Aube ouvrière de mars 1931 insinuant que, comme Cuny, il avait fait intervenir par l’intermédiaire de Plard le sénateur radical Israël pour ne pas être transféré à Clairvaux lors de son emprisonnement et qu’il aurait été mis pour cette raison à l’écart de la CGTU. À la suite de nouvelles attaques, Planson et Cuny firent connaître publiquement par une lettre dans la Dépêche de l’Aube du 25 octobre 1932 l’aide que leur avait apportée le Secours rouge international durant leur incarcération.

Après la fondation du Rappel par René Plard on vit apparaître la signature de Lucien P. dans ce journal et, en juin 1932, le quotidien communiste reprocha à l’auteur des articles de renvoyer dos à dos Jouhaux et Monmousseau. Le 2 décembre 1933, Planson entrait au comité central des « Amis du Rappel » et, le 24 mars 1934, la Dépêche de l’Aube indiquait que l’ex-secrétaire du syndicat unitaire du Textile était devenu secrétaire du syndicat confédéré de Troyes. Il intervint à ce titre dans des grèves à la Bonneterie nouvelle de Saint-André et écrivit dans l’Aube ouvrière du 15 mars. Le nouveau bureau du Textile CGT de l’Aube fut réorganisé et Planson y fut élu secrétaire adjoint de Paul Roger. En mai 1934, il entrait à la commission exécutive de l’UD-CGT. Aux critiques des unitaires il répliqua dans le Rappel du 2 juin : « Nous quittons la CGTU parce qu’elle n’est plus la CGTU que nous avions connue. Elle a fait litière de son indépendance pour se mettre sous la tutelle du PC » ; et dans l’Aube ouvrière du même mois : « Je ne suis pas entré à la CGT en réformiste pour y faire du réformisme, au contraire, j’y suis entré en révolutionnaire pour y faire de la lutte de classes. »

Planson se retrouva d’ailleurs avec Thibault de la CGT aux côtés de Gennevois de la CGTU le 29 août 1934 à une réunion du Comité d’action contre le fascisme où il représentait les « Amis du Rappel » puis à un meeting du Cartel du Textile le 15 septembre. En 1936, après la réunification syndicale, il représentait la CGT au conseil d’administration des Assurances sociales de l’Aube. En septembre 1939 il intervint contre la tentative de Charles Alfred de former, avec ses amis ex-unitaires, un bureau intérimaire du Textile et il signa avec Marcel Huot et Camille Clévy une protestation contre « ceux qui trouvent normal le reniement de la Russie des Soviets ».

Pendant l’Occupation,  Lucien Planson eut une activité clandestine qui lui valut la médaille de la Résistance. Il rejoignit en 1942 le Parti communiste — dont il resta un militant jusqu’à son décès — et reprit sa place à la tête de la CGT, travaillant à l’impression et à la diffusion de la Dépêche de l’Aube clandestine.

Après la Libération, il devint le 1er novembre 1944 responsable syndical et fut élu en décembre au bureau de l’UL-CGT de Troyes puis secrétaire du syndicat Textile en 1944-1945, enfin secrétaire adjoint à l’UD-CGT lors de son XXVe congrès. Il fut élu président de la caisse d’allocations familiales de l’Aube et vice-président de la caisse de Sécurité sociale. Il fit paraître un certain nombre d’articles dans la nouvelle Dépêche de l’Aube, en particulier sur les problèmes économiques : bataille de la production, ravitaillement, et s’éleva également contre la mansuétude à l’égard des collaborateurs. Il patronna enfin la liste des candidats du PCF aux élections de novembre 1945 à l’Assemblée constituante.

À la mi-avril 1947, il fut l’objet d’un attentat et, le 25 avril, après une réunion à la Bourse du Travail, alors qu’il regagnait son domicile, il fut victime dans des conditions troublantes d’un accident dont on a toujours ignoré les circonstances exactes. Découvert gravement blessé, il devait décéder dans la nuit sans avoir repris connaissance. Le 30 avril 1947 à Troyes, plus de 10 000 travailleurs aubois assistèrent à ses obsèques.

SOURCES : La Dépêche de l’Aube, 1924-1935. — L’Aube ouvrière, 1931-1936. — Le Rappel, 1932-1936. — Le Petit Troyen, septembre-octobre 1939. — L’Aube libre et La Dépêche de l’Aube, 1944-1945. — Témoignage de la famille du militant.- Etat civil.

D’après René Lemarquis

Un article de Lucien Planson dans La Dépêche de l'Aube

Un article de Lucien Planson dans La Dépêche de l’Aube

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