LA NOUVELLE ADIRP FACE A SES TÂCHES
Compte-rendu du Congrès de l’ADIRP de l’Aube qui s’est tenu le 19 décembre 2015 à l’hôtel de ville de Troyes.
1. RAPPORT MORAL DU PRÉSIDENT :
Après avoir donné la liste des personnes excusées, le président remercie M.Sébastien Touffu représentant Madame la préfète, Mme Anne-Marie Royer, représentant François Baroin, maire de Troyes et M. Serge Auffredou, président de l’UDAC.
Le rapport moral est présenté sous forme de diaporama.
« Nous accueillons avec plaisir Mme la secrétaire générale de la FNDIRP, Anita Baudouin, dont nous avons apprécié le dernier édito sur les événements parisiens, dans notre mensuel « Le Patriote Résistant ». Bienvenue également à notre présidente d’honneur, Madeleine BILLAT, qui a fêté en juin ses 87 ans. Nous vieillissons tous, mais sans hâte, comme pour savourer ce qui nous reste à espérer. Madeleine est toujours là avec sa famille qui la couve. Double plaisir pour nous, c’est qu’elle a quitté Tonnerre pour Troyes, où elle est dans une bonne petite maison de retraite à la Moline et où elle a retrouvé sa tenue de déportée, son « rayé », comme elle dit. C’est aussi pour nous une victoire que d’avoir réussi à ce que ce “rayé” lui soit rendu et nous en sommes reconnaissant à notre SG Anita Baudoin qui a été l’entregent efficace près de Yves Lescure, directeur de la FMD*. C’est une première victoire et nous espérons que d’autres suivront dans ce stupide conflit qui nous oppose à l’ancienne équipe.
Merci également :
- Au Conseil Général qui, s’il n’est pas là, nous aide financièrement. Mais on a un morceau de l’ancien, Francis Ferrebeuf, qui ne lâche pas le morceau et qui est toujours fidèle à nos valeurs.
- Aux associations amies, à la presse et bien sûr à nos adhérents un peu clairsemés, mais avec de solides raisons, qui sont d’avoir des jambes et des artères fragiles. Elles sont remplacées peu à peu par de plus vigoureuses. Nous avons effectivement une dizaine de nouveaux adhérents actifs pour grossir notre bureau. Avant de dire quelques mots sur les batailles menées et gagnées par notre association ces 2 années passées, car nous sommes une association qui toujours résiste et toujours combat, rappelons que la FNDIRP est née en 1945 de la conjugaison de deux volontés celle d’Henri Manhès et de Marcel Paul. Elle se veut mémoire et vigilance, disait Walter Bassan au dernier congrès. Car elle se veut aussi VIGIE pour préserver l’avenir et la dignité de l’homme. Il est bon de rappeler l’histoire rapide de notre section ADIRP de l’Aube et le travail réalisé depuis le 1er février 2014, les tâches qui nous attendent et le climat dans lequel nous essayons de faire vivre notre ADIRP.
HISTORIQUE :
Le 7 décembre 2013, l’ancien bureau de l’ADIRP** a réuni une Assemblée Générale à Saint-Julien-les-Villas pour proposer la dissolution de l’association. Christian Barthélémy, dont la section de Romilly fonctionne parfaitement et depuis longtemps, est alors intervenu de façon mesurée pour dire qu’il souhaitait le maintien de l’ADIRP de l’Aube. La séance fut houleuse car l’ancienne équipe voulait imposer la dissolution. Très contrarié par cette résistance, l ‘ancien bureau a démissionné. Christian Barthélémy et moi-même avons convoqué une AG extraordinaire le 1er février 2014 à Romilly en présence d’Anita Baudouin, secrétaire générale de la FNDIRP, qui comprenait les élus non démissionnaires. Un nouveau bureau départemental fut élu***. L’ADIRP s’est ainsi constituée sur des bases saines, c’est-à-dire démocratiques avec un nouveau bureau départemental que nous renouvellerons tout à l’heure. Tout cela fut confirmé lors de l’Assemblée Générale du 14 décembre 2014 à l’HV de Troyes en présence d’élus et du représentant du préfet.
LE TRAVAIL RÉALISÉ POUR LA MÉMOIRE
Quel travail avons nous réalisé pour nous prévaloir de notre titre ? Nous avons depuis un an et demi réalisé un travail important.
A. LES LIEUX
1. Un travail de recherche historique a permis de faire reconnaître la Maison Fernand-Doré (ancien conservatoire, 32 bd Gambetta) comme ayant été le siège de la Gestapo en liaison avec la maison Marot (au 34 bd Gambetta). Une stèle, installée par la mairie de Troyes en face de ces immeubles a été inaugurée par François Baroin.
2. De la même façon, un travail historique repris de celui de M. J.-C. Bibolet et entièrement revu, publié dans la revue « Bourse du Travail » a permis de faire reconnaître l’école Jules-Ferry comme lieu d’internement (Camp Jules Ferry) pendant la guerre. Y fut enfermée Léonie Konieczka du Bureau de la FNDIRP. L’ADIRP, là encore, fut la cheville ouvrière de cette reconnaissance. Une plaque a été déposée par M. F. Baroin le 13 novembre dernier en présence des enfants, des professeurs, des parents, des associations et de leurs drapeaux, sauf l’ADIRP qui n’a toujours pas récupéré le sien. J’ajoute que les enfants et leurs professeurs ont donné un spectacle de grande qualité grâce aux directeurs MM. Dorléat et Messain, le nouveau et l’ancien.
3. De même avec nos amis romillons, nous soutenons le comité de pilotage de l’espace vivant de la mémoire de la résistance et de la déportation, ainsi que la demande d’un musée qui serait installé dans la maison de la Gestapo.
B. DES FEMMES ET DES HOMMES
La mémoire est également bien prise en compte par nos interventions en faveur de déportés internés et résistants.
1. Nous avions demandé avec l’ANACR au maire de Saint-André d’honorer Louise Ferrouil, morte à Mauthausen et dont le prénom aurait dû figurer sur la plaque d’une rue qui porte le nom de son mari, fusillé à Montgueux. Jules et Louise Ferrouil au lieu de rue Jules Ferrouil (le), avec une faute. Là, ce fut un échec. C’est incompréhensible au vu de la dépense minime occasionnée.
2. Albert Keyser, interné, torturé, fusillé à Creney. Sa biographie que nous avons refaite a incité le maire de Buchères de donner son nom à une place de Buchères. Buchères, village martyr qui connut la désolation le 25 août 44 avec 67 personnes massacrées. Merci au maire de Buchères, Daniel Lebeau qui, malgré un gros travail de mémoire, n’a pu empêcher les suffrages toxiques dans sa commune. On peut s’interroger, pourquoi dans ces lieux chargés d’histoire, la mémoire n’a-t-elle aucun poids ? Quelles valeurs n’ont pas été transmises ?
3. Hubert Jeanson : en liaison avec l’ANACR de Romilly, nous avons rendu un bel hommage à cet enfant de Baudement le 22 août dernier dans sa commune. Hubert JEANSON a été arrêté, interné à Hennequin, torturé sauvagement et fusillé à Creney le 22/8/44 par des SS bretons les Bezen Perrot.
4. Jean Alba : nous avons, encore avec les Romillons (ANACR et ADIRP), participé à l’inauguration d’une rue pour Jean Alba de Crancey, interné, fusillé le 8 juin 1944 au Trou de Chirac .
C. MADELEINE BILLAT
Nous nous sommes beaucoup occupés de Madeleine. Nous avons pu, après discussion et médiation de Mme Anita Baudouin et M. Yves Lescure, directeur de la FMD, récupérer son « rayé ». Nous avons accompagné Madeleine dans sa décoration dans l’ordre de la légion d’Honneur le Huit-Mai dernier. Belle cérémonie et épinglage du bijou par la préfète. Autre cérémonie à notre initiative au village de Bernon, le 14 juillet pour honorer la légion d’honneur de Madeleine. Discours, fête populaire, repas républicain. Tout était parfait. Madeleine est désormais à St Julien à la Moline, dans une maison sérieuse. On l’a sous la main. Elle est devenue une personnalité dans notre département au vu de tous les articles de presse qui sont parus.
D. VIE ASSOCIATIVE
1. Le 16/9/2015 s’est créée une nouvelle section de l’ADIRP appelée ADIRP Troyes-agglo avec Régis Labbé comme président, Claudie Blanchon trésorière et Bernard Jay-Ponsard. Cette section peut s’agrandir grâce à l’apport de personnes qui ont la déportation au coeur et j’en connais dans la salle. Il y a donc maintenant deux sections qui fonctionnent autour d’une section départementale, ce qui prouve notre développement. Cette AG départementale prend en compte tous les travaux réalisés par nos 2 sections.
2. L’UDAC, qui avait rejeté deux fois notre demande d’adhésion, l’a enfin acceptée après réunion de nos 2 bureaux. Il suffisait d’appliquer 2 règles démocratiques qui permettent à notre société de vivre en bonne intelligence. Pour vivre ensemble et progresser, le juge de paix c’est : 1) les statuts des associations et 2) les DH et du citoyen, c’est-à-dire les principes républicains de 93. L’ article 10 dit que « Nul de peut être inquiété pour ses opinions ».
3. Nous sommes allés, Régis Labbé et moi, au congrès de la FNDIRP à Paris. Les lieux prestigieux de l’HV, le rassemblement des porte-drapeaux de toute la France, parmi lesquels un enfant de 14 ans et un vieux toubib de 90 ans ont incité Régis à vouloir devenir porte-drapeau à son tour. Malheureusement, ne manque que le drapeau qui est toujours planqué dans un grenier quelconque. Le national a-t-il prévu un vide-grenier républicain ?
4. Empêchés d’avancer, nous avançons quand même puisque, je vous l’ai dit, nous venons de créer une section sur Troyes mais nous progressons en adhérents neufs, une dizaine environ, comme nos amis Ferrebeuf et Donin de Rosières, un ancien vers nous revenu. Merci Francis et Jean-Paul. Également Michèle Guingouin, la fille de Georges. Il est vrai que l’usure naturelle nous en fait perdre.
E. HISTOIRE
1. Nous avons participé au jury et au concours de la Résistance.
2. Nous travaillons aussi en liaison avec le Maitron pour amender et alimenter ce célèbre dictionnaire biographique, en particulier pour y parler des déportés oubliés du département (Louise Ferrouil par ex.). Mais c’est beaucoup de recherches et de temps, d’où l’appel à l’aide. Nous avions demandé à la ville de Troyes qu’un document sur la période de l’occupation soit édité et soit plus complet. Une commission municipale y travaille, dont nous sommes avec l’ONAC.
VIE CULTURELLE ET MÉMORIELLE
1. Le 10 juin 2015 a été organisé un voyage au Struthof avec 40 collégiens et lycéens.
2. Enfin, des initiatives culturelles ont été bien suivies autour du film « Au revoir les enfants » et du livre de Christian Langeois, « Mineurs de charbon à Auschwitz », une conférence sur Jean Moulin, le film « Les Jours heureux » avec Léo Landini dans 2 lycées, une conférence d’Annie Lacroix-Riz sur la collaboration, une autre sur Marguerite Buffard, grâce à l’aide de l’UPOPAUBE. On peut être fiers d’être des Passeurs de mémoire, activité dont rien ne doit nous rebuter. Nous conjuguons le presque-parfait.
3. Notre blog répertorie tous les travaux réalisés.
CE QU IL RESTE À FAIRE
De nombreuses recherches en histoire restent à faire. Le président se promet d’aider à ces recherches en accompagnant les volontaires aux Archives ou à la médiathèque où se trouvent de nombreux documents. Une de nos secrétaires, Mme Blanchon s’est déjà investie, ainsi qu’une élue, Mme Zajac. Deux Romillons aussi s’y sont engagés. On peut également se rendre au Blanc, à Caen ou à Vincennes pour des consultations plus précises, lieux où je peux là encore guider les volontaires. Mon expérience prouve que nous pouvons encore recueillir beaucoup de témoignages et de documents sur cette sombre période de notre histoire. Vous me direz que ce qui reste à faire c’est l’essentiel, transmettre à la population jeune et moins jeune les valeurs pour lesquelles sont morts tant de nos résistants et déportés, des valeurs qui seraient de bonnes pierres pour reconstruire le pays, par exemple cette unité qui a prévalu au sortir des camps. Mais aujourd’hui nous ne sommes plus unis, nous sommes, par la pression du système, concurrents. Nous ne sommes même plus concurrents, nous sommes ennemis. Et nous voilà désunis et déshumanisés. Faut-il penser que nos associations patriotiques ont perdu la bataille ? ça n’a pas marché puisque nous voilà comme du temps d’Aragon dans « un pays dévasté par la peste » et sans doute devons nous nous interroger sur les raisons de la perte progressive de nos valeurs. Ces valeurs ont été portées par nos déportés et résistants unis contre la barbarie nazie. Mais trop de gens ignorent comment a pu naître cette barbarie puisqu’aujourd’hui peu de gens sont capables de discerner dans le discours doucereux et hypocrite de l’extrême droite, la fabrication de ces idées toxiques. Certains disent même que l’extrême-droite s’améliore et s’est beaucoup assagie. Elle a fait des progrès… comme un cannibale qui mange avec une fourchette.
L’historienne Annie Lacroix-Riz nous disait, quand nous l’avions invitée dans un autre contexte, que le tribunal qui a jugé Pétain avait refusé de le juger sur son rôle d’avant la guerre quand il était chef de la Cagoule. On a certes jugé le crime mais pas sa conception, pas son cheminement. On a oublié comment les gouttes d’acide qui tombent une à une rongent une démocratie. Voilà pourquoi aujourd’hui on ne voit pas bien comment se constitue jour après jour une société qui exclut et qui condamne. Les idées de sécurité nous sont proposées comme seules perspectives. Encore des barricades. Je ne veux pas vivre en liberté dans un ghetto. Je veux vivre en laïcité, en communiquant avec mes semblables. Nous tous ici, nous ne voulons pas vivre dans un bunker. Nous voulons vivre libres et pouvoir labourer les terres du futur. C’est la leçon que nous ont laissés nos déportés et nos résistants. »
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Après la discussion et le vote du rapport moral, Madame Gisèle Baugrand a présenté les comptes et lu le rapport de Karen Charvot (absente) vérificatrice aux comptes. Le tout a été approuvé à l’unanimité. Je rappelle que l’an dernier les comptes de l’ancienne équipe n’ont pas été votés. Christian Barthélémy (Romilly) déclara que les « argentiers » avaient montré leur compétence, tant dans le contrôle des comptes que dans leur transparence, et qu’il remerciait le président pour son aide désintéressée. Chez nous, le bénévolat a de beaux jours devant lui.
ELECTION DU BUREAU DÉPARTEMENTAL
Gérard Grillat étant déclaré démissionnaire sont réélus :
Jean Lefèvre, Gisèle Baugrand, Chantal Charpentier et Christian Barthélémy, Rolande Barthélémy, Claude-Jeanne Clément, Karen Charvot.
Sont nouvellement élus : Francis Ferrebeuf et Jean-Paul Donin de Rosières.
J’ajoute pour que ce soit clair qu’il existe deux sections qui ont aussi besoin de membres neufs à Romilly et à Troyes. Nous ferons donc une AG Troyes-Agglo prochainement. Ce que nous voulons c’est que l’objectif de la mémoire et de la résistance soit conservé. Les candidatures sont approuvées à l’unanimité.
La parole est donnée à Mme Anita Baudouin puis à M. Sébastien Touffu.
La séance est close à 12 h 30. Un vin d’honneur est offert aux participants.
* Fondation pour la Mémoire de la Déportation
** Mme Gisèle Balet, présidente, Bruno Collin, trésorier
*** Jean Lefèvre, président, Gérard Grillat, secrétaire, Gisèle Baugrand, trésorière. Madeleine Billat a été nommée Présidente d’honneur

