13 janvier 2015 ~ Commentaires fermés

MINEURS DE CHARBON A AUSCHWITZ

9782749134505Deux conférences prévues les 18 février à Romilly (à 18 h 30 espace Croizat) et le 19 (à 18 h 30 à l’auditorium de Petit Louvre) à Troyes.

Christian Langeois vient de publier un nouvel ouvrage qui concerne la déportation de juifs résistants au camp de Jawischowitz, annexe d’Auschwitz. Le travail réalisé pour ce nouvel ouvrage est important. L’auteur a dû consulter de nombreux documents pour nous rapporter l’itinéraire de ces 6 000 hommes sélectionnés pour devenir mineurs de charbon et, pour la plupart, y laisser leur vie. 3 800 mourront d’épuisement et de coups. D’autres finiront dans la chambre à gaz. Seulement 500 en reviendront. Qu’est-ce qui les a fait tenir ? Quelle leçon retenir de ces expériences diverses ?

Nous avions accueilli Christian Langeois a l’Université Populaire de l’Aube à propos de  Marguerite Buffard-Flavien dont il retraçait la vie exemplaire de  résistante qui fut torturée et mourut héroïquement. Puis il  fit la biographie d’Henri Krasucki, comme une sorte de « prolongement d’une  réflexion sur l’engagement antifasciste ». On retrouve Krasucki dans ce dernier ouvrage à propos des « Mineurs de charbon à Auschwitz ».

Les livres sur la déportation  sont innombrables malgré la difficulté d’aborder sereinement ce sujet : l’horreur des camps de la mort, le destin de ces hommes qui ont connu l’enfer. Mais celui-ci ne sera pas un livre parmi d’autres car il apporte une vision nouvelle pour ne pas dire originale  de la vie dans cette annexe du camp d’Auschwitz, qu’est la mine de charbon de Jawischowitz.

Les nazis avaient décidé que les juifs devaient être exterminés. On sait cela et même on ne sait que cela, jusqu’à considérer que la déportation ne fut que celle des juifs. Le concours national  2015 sur la libération des camps risque de prendre cette direction restrictive s’il ne prend pas en compte la totalité du problème « des » déportations et des buts assignés à chacune d’elles. En annexe à cette idée fausse, on a affirmé que les juifs seraient allés ainsi vers leur destin et qu’ils se seraient livrés sans  aucune résistance.

Ce que relate le livre de C. Langeois est tout différent puisqu’il montre des gens militants dès le plus jeune âge dans les mouvements de jeunesse issus du Front Populaire, qui se sont ensuite, pour quelques uns, engagés dans la lutte politique et syndicale et pour quelques autres dans les brigades internationales, rejoignant ainsi le combat pour l’Espagne républicaine. Ce sont donc pour la plupart des jeunes gens aguerris, forgés dans la lutte antifasciste. Des vieux routiers de 17 à 20 ans ! Ils font partie, dit l’auteur, de la « génération de la râfle » et  refusent de « subir passivement. » Chez eux, il y a promesse de vengeance, certitude de vaincre, avec aussi le ciment de l’amitié.

Et ces déportés, voués à la mort en tant que juifs, seront affectés dans un commando de travail forcé, mélangé à des ouvriers polonais antisémites, à des kapos repris de justice, avec un quota de tonnes de charbon à extraire et l’ombre des SS et de leurs chiens. On entre alors dans un monde hétérogène, dirigée par le gourdin, la faim, l’effort démesuré, le grisou parfois. L’enfer. Comment survivre ? Quand on est « le juif » d’un mineur de métier, on peut prendre des coups de bâton du  mineur,  mais  on peut aussi comprendre vite « qu’il vaut mieux s’entendre avec  lui ». D’où, toutes ces stratégies mises en œuvre pour non seulement sauver sa vie, mais « passer au travers, revenir ». Alors seulement vont naître d’autres stratégies plus élaborées qui aboutiront à la constitution d’une Résistance organisée. L’art  est difficile, car résister, c’est gêner l’ennemi, en être conscient, connaître les risques et entrer dans l’organisation qui n’est qu’un petit noyau discret et prudent. Il doit exister autour toutefois une population plus large, réceptive.

C. Langeois explique devant les élèves des lycées qu’il rencontre quelles sont les conditions qui conduisent à cette Résistance.  Quels sont les hommes qui  ont été capables de la mener. Il parle des « supports idéologiques » ce qui veut dire une éducation politique et une foi en l’homme. N’a-t-on pas dit que ceux qui ont le mieux résisté, furent les croyants et les communistes. Un paragraphe du livre est réservé à la culture. Ce lien invisible, intérieur, qui unit les hommes. Là encore, ça aide  à tenir bon, à soutenir le moral. Le soir de Noël 43, on se réunit et Krasucki siffle la 7ème symphonie de Beethoven. Comme pour Marguerite au camp de Lalande, les déportés font circuler les bonnes nouvelles de l’extérieur, organisent un minimum de vie culturelle, ne serait-ce que chanter.

Il faut tenir compte aussi, hélas, en négatif, du poids terrible du système qui pervertit les hommes. D’où ce problème qui sera posé aux dirigeants de la Résistance : quel homme sera utile à la cause ? Lequel choisir ? Lequel aider ? Quels sont ceux qui ont les capacités (courage, santé, fidélité) nécessaires pour intégrer le groupe ? Question qui fera controverse après la guerre. (1) Ce beau livre éclaire, comme le dit Gilles Perrault (2) , les sujets les plus complexes et utilise les témoignages avec un art consommé, Il souligne également un livre empreint d’une humanité qui ne peut laisser le lecteur insensible.

Il faut, pour terminer, rappeler qu’un des responsables de cette résistance s’appelait Henri Krasucki. Cela rend à postériori plus intolérables les moqueries qui eurent lieu à son égard à la fin de son mandat à la CGT. La leçon de ce livre va de soi : il faut défendre contre vents et marées les valeurs pour lesquelles ces gens-là ont combattu. La lutte antifasciste présente ici un caractère sacré que les autres guerres ne possèdent pas. Le devoir de mémoire est d’abord un devoir d’éclairage et de  vérité.

Jean Lefèvre.

(1) André Mutter mènera en 1947, une campagne contre Marcel Paul, l’accusant d’avoir usé de sa position à Buchenwald, pour favoriser les communistes. Député de l’Aube, Mutter, bien que membre du CNR, va devenir un chantre de l’anticommunisme et milite alors à la Libération, au PRL, avec François Brigneau (« Ordre nouveau » qui fut un zélé collabo.) Il demande en 1947 la dissolution du PCF, l’amnistie des collabos, prône l’alliance patrons/ouvriers et combat les nationalisations du programme du CNR qu’il avait approuvé cependant pendant la Résistance. Il fut ministre des Anciens Combattants en 1954, mais ne créa pas comme il fut dit par ailleurs, le Concours national de la Résistance et de la Déportation. En 1957, il rejoint Soustelle et l’Algérie française, c’est-à-dire l’OAS.

De la même façon, le journal d’extrême droite Rivarol accusa M.C. Vaillant-Couturier, cette grande dame. Au-dessus de tout soupçon étant donné sa conduite héroïque à Auschwitz puis Rawensbrück.  C’est G. de Gaulle-Anthonioz qui vint à son secours et fit sévèrement condamner le journal.

(2) Gilles Perrault, L’Orchestre rouge, Notre ami le roi…

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