20 octobre 2014 ~ Commentaires fermés

LA PRISON DES HAUTS-CLOS A TROYES (1940-1944)

HAUTS_CLOSNous publions un travail de recherche encore en chantier réalisée par Mme Claudie Blanchon et Jean Lefèvre. Toute personne qui souhaiterait y apporter des corrections ou apporter des éléments nouveaux sera la bienvenue. Pour nous contacter : clic ici

Tout le monde connaît le centre hospitalier des Hauts-Clos à Troyes. Son histoire a été étudiée par le Dr Jean-Claude Wagner en ce qui concerne sa destinée médicale. Avant son ouverture comme hôpital (1959), les soins étaient prodigués dans différents établissements en particulier l’Hôtel-Dieu près de la cathédrale. En 1928, la ville prend la décision de transférer les services hospitaliers en dehors de la ville. En 1932, un terrain est acheté dans le quartier haut, (les Hauts-Clos) couvert de vignes aux siècles précédents. C’était un lieu entouré d’un solide mur d’enceinte pour y stocker les ordures. On déblaie donc, on construit mais on garde les murs. Les travaux s’arrêtent à la déclaration de guerre. A cause de son mur d’enceinte, on utilisera ce lieu clos comme prison.

RÉFUGIÉS ESPAGNOLS 

Avant l’entrée des Allemands à  Troyes (16 juin 40), le Centre accueille les réfugiés espagnols. 1500 y sont reçus le 15 février 1939. On les entasse dans les sous-sols et on emprunte du matériel de couchage à l’orphelinat Audiffred ainsi qu’ à la Maison centrale de Clairvaux. Ce sont en grande majorité des femmes et des enfants.

PRISONNIERS DE GUERRE

Camp de détention-stalag 124Troyes reçoit ensuite  de nombreux prisonniers de guerre. Ils sont dirigés vers la Laborieuse (née des Coopérateurs de Champagne, aujourd’hui Marques Avenue à Saint-Julien-les-Villas), au camp de tanks de Pont-Sainte-Marie et bien, entendu, aux Hauts-Clos. On a avancé le chiffre de 200 000 hommes qui arrivent par vagues dans ces camps improvisés, éphémères lieux de passage avant leur transfert vers l’Allemagne. Cet ensemble  devient le  « Frontstalag 124 » jusqu’en février 1941. La France compta jusqu’à 57 Frontstalag. Celui de Vesoul était affecté aux prisonniers de guerre noirs ou maghrébins, isolés « par crainte des maladies tropicales et d’atteinte à la pureté du sang aryen ». Ajoutons que des massacres de troupes d’origine africaine eurent lieu dans l’Aube (Cf. Olivier Pottier).
Léopold Sédar Senghor, arrêté Le 20 juin 1940, et fait prisonnier par les Allemands à La Charité-sur-Loire fut interné dans divers camps de prisonniers à Romilly, Troyes, Amiens. Il aurait donc pu se trouver aux Hauts-Clos à cette époque. Le Frontstalag de Troyes repartira à Cravant et Joigny dans l’Yonne avant son départ final pour les stalags allemands. Les élus troyens vont constater la dégradation des locaux et demander le 11 mars 1941, réparation des dégâts estimés à 245 000 F. Qui paiera ?

PRISONNIERS POLITIQUES

L’armée d’occupation allemande, en collaboration avec le régime de Vichy, va utiliser les prisons françaises ainsi que d’autres centres (école Jules-Ferry, centre Blanqui) pour y regrouper tous leurs indésirables (citoyens anglais, belges ou polonais qui sont refoulés du Nord, Juifs, citoyens soupçonnés d’appartenir au Parti communiste ou gaullistes, enfin ceux qui sont condamnés par les tribunaux militaires allemands et transférés de prisons manquant de places. C’est le cas de la prison de Fresnes qui envoie des prisonniers à Troyes et à Clairvaux.
Le directeur de la centrale de Clairvaux écrit au directeur de Fresnes en mars 1941 et lui demande de suspendre l’envoi de tout nouveau convoi de détenus : « Nous recevons à nouveau des envois de condamnés des Autorités allemandes et l’établissement remonte à sa population maximum » (Cf. Corinne Jaladieu). C’est l’époque où l’administration française envisage de faire des Hauts-Clos une prison modèle et grand modèle pouvant recevoir de 3 à 5000 détenus. (Rapport municipal du 26/12/41)
Le préfet régional René Bousquet, nommé à Châlons-sur-Marne le 28 août 1941, aidera au mieux l’occupant dans cette tâche, bien que certains l’aient présenté à cette époque comme protégeant les intérêts français. Il deviendra pourtant secrétaire général de la police de Vichy le 18 avril 42 et sera le principal organisateur de la râfle du Vél d’hiv.
La prison des Hauts-Clos recevra donc des prisonniers politiques venus de Fresnes. Prévue initialement pour recevoir des femmes et des mineurs, elle sera aménagée pour recevoir des personnes condamnées par l’Allemagne nazie.

Au cours de l’été 1942, les Allemands ordonnent l’évacuation de la Maison Centrale de Beaulieu de Caen de la totalité des détenus de cette prison qui sont transférés vers les prisons de Fontevraud, Villeneuve-Saint-Georges, Hauteville près de Dijon et « du » Haut-Clos à Troyes. C’est de cette prison caennaise que fut extrait de sa cellule le 15 décembre 1941, Lucien Sampaix, secrétaire général du journal l’Humanité et 12 de ses camarades, pour être fusillés comme otages (archives Jean Quellien). Sont par exemple internées à Troyes deux condamnés bretons qui avaient aidé des aviateurs alliés.

  • TORTY Lucien né le 11/11/1895 à Lannion.
  • TILLY Yvonne née le 27/2/1919 à Bégard. Libérée en mars 43.

DOCUMENTS

fichier pdf Courriers entre le préfet de l’Aube et la Kommandantur

fichier pdf Registre écrou Hauts Clos

fichier pdf Noms de prisonniers déportés

Hauts-Clos
Album : Hauts-Clos
Pièces d'archives
9 images
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