04 septembre 2014 ~ Commentaires fermés

« LA VOIX D’UN PEUPLE ENTIER LES BERCE EN LEUR TOMBEAU »*

get-attachment (8)Il faut féliciter la municipalité de Creney d’avoir fait un travail de mémoire exemplaire en réalisant des panneaux sur les 53 martyrs fusillés les 22 février et 22 août 1944.

Deux grands panneaux explicatifs concernant ce lieu de mémoire et 53 écriteaux portant une courte biographie et un portrait de chaque fusillé, chacun planté au pied de chacun des 53 arbres de cette esplanade dramatique et glorieuse. Cela corrige un peu le texte de la stèle qui avait autrefois peiné le monde associatif qui n’admettait pas qu’on dise que ces Résistants étaient morts «victimes de la seconde guerre mondiale». Non, ces jeunes martyrs sont véritablement morts en toute conscience de leur engagement et du fait de la barbarie nazie. Ils ne sont pas victimes puisque volontaires. Pas d’innocence chez eux, comme les massacrés de Buchères qui subirent la tactique de la terre brûlée propre aux nazis.**

Mais ne boudons pas le travail réalisé à Creney. Remercions les élus, le maire, M. Raguin, et son adjointe, Mme Hohmer, ainsi que la bibliothécaire, Mme Brasseur, qui travaille avec constance et efficacité sur ce massacre perpétré par des miliciens nazis, c’est-à-dire des Français ! Ils surent en arrivant à la prison Hennequin, quels prisonniers choisir en premier : des résistants FTP de la Cie France d’Hubert Jeanson, des membres de Libération Nord et des commandos M. C’est pourquoi (mais peut-être vais-je troubler l’esprit légaliste de certains), il est si désagréable de voir parader les élus du FN lors des cérémonies commémoratives (Nogent et Romilly, par exemple).

On peut regretter encore, pendant toutes ces commémorations, que les discours restent à la surface des faits, sans donner la chair historique servant de pédagogie civique. Le souvenir des martyrs est souvent mobilisé avec des intentions politiques (quand ce n’est pas pour de tristes raisons électorales) ; la construction de l’Europe, par exemple, qu’on veut faire entrer de force dans nos mœurs, l’alliance franco-allemande qui en est le fer de lance, la culture de l’amitié pour nos sempiternels alliés américains depuis La Fayette qui transforme le plan Marshall en vertu, l’OTAN en refuge et le traité transatlantique en bénédiction. Si bien qu’on ne voit plus flotter que la bannière étoilée et que sont ignorés les drapeaux anglais, australiens et canadiens qui participèrent à notre libération. Quant aux drapeaux soviétiques, n’en parlons même pas. Nous sommes vis-à-vis de l’Est dans une éternelle guerre froide. Ce sont des ennemis durables et d’«étranges étrangers» perpétuels, comme disait Prévert, et Hitler le pensait aussi quand il faisait massacrer les prisonniers soviétiques par milliers.

Mais ce qui fait le plus pitié, c’est souvent l’absence dans les commémorations de la Libération d’un rappel nécessaire : sans la Résistance, le pays n’aurait pas pu être libéré aussi vite et aussi efficacement. L’aide de la Résistance fut d’un grand poids comme l’ont reconnu les Américains. Sans la Résistance, surtout, «l’honneur de la France» n’aurait pas pesé lourd. Ah ! le devoir de mémoire ! Il y a encore du travail à faire à l’école. Les rythmes scolaires pourraient s’y atteler grâce à nos organisations patriotiques.

Jean Lefèvre

* Victor Hugo : “Hymne”
** A ce sujet, il est intolérable d’entendre dire que la population de Buchères, aujourd’hui, aurait « 
la haine de la Résistance et des maquis ». Un élémentaire bon sens devrait pousser les élus de cette commune à montrer comment les nazis utilisèrent la terreur pour assurer leur dictature et cela depuis 1940 (8 communes martyrs dans le Nord en mai 40 : y sont massacrés des civils et des soldats britanniques prisonniers).

Cérémonies de Creney 2014
Album : Cérémonies de Creney 2014
Premières images de la cérémonies. Nous y ajouterons les photos de toutes les plaques des Martyrs.
7 images
Voir l'album

Le blog PETITS POTINS.10 de Mesnil-Sellières  revient sur la commémoration du 22 août 1944 à Creney sous la plume de Gérard Le Berre, l’ancien directeur d’école de cette commune du Parc. 

Dans son numéro 1302 daté du 5 septembre 2014,  La Dépêche de l’Aube  félicite la municipalité de Creney « d’avoir  fait un travail de mémoire exemplaire en réalisant des panneaux sur les 53 martyrs fusillés les 22 février et 22 août 1944. » Le site aménagé est ainsi décrit : « Deux grands panneaux explicatifs concernant ce lieu de mémoire et 53 écriteaux portant une courte biographie et un portrait de chaque fusillé, chacun planté au pied des 53 arbres de cette esplanade... ». Cette réalisation est due au maire, M. Raguin, à son adjointe Mme Hohmer ainsi qu’à la bibliothécaire Mme Brasseur qui « travaille avec constance et efficacité sur ce massacre perpétré par les  nazis. Ils surent en arrivant à la prison de Troyes quels prisonniers choisir en premier : des résistants FTP de la Compagnie France d’Hubert Jeanson, des membres de Libération Nord et des Commandos M. ». Plusieurs ouvrages ont relaté les événements ou transcrit des témoignages. Le bulletin INFO 2003 rappelait que Louis Husson, né à Rouilly-Sacey cultivateur à Piney et Marcel Chollier également cultivateur à Piney  avaient été assassinés de jour-là.

Parmi les bourreaux, des français.

Il n’est pas inutile de préciser que, parmi les éléments nazis en pleine débâcle, se trouvaient des français sous uniforme allemand. Il s’agissait de nationalistes bretons, volontaires du « Bezen Perrot » (« milice Perrot » du nom d’un prêtre collaborateur exécuté par la Résistance). Cette milice créée par Célestin Lainé était appelée par les allemands Der bretonische Waffenverband der SS ou Die bretonische SS. Elle comptait moins d’une centaine d’hommes. Le Bezen Perrot avait pour mission de garder l’immeuble de la  Gestapo à Rennes, ses prisonniers, de torturer ou d’exécuter sommairement les Résistants, d’attaquer les groupements des FFI et FTP, d’établir des souricières, de préparer des équipes de sabotage et de guérilla devant agir dans les territoires libérés par les alliés.

Le 1er et le 2 août, devant l’avance américaine, la Gestapo de Rennes et les membres du Bezen Perrot déménagent. Avec eux Roparz Hémon fondateur de « l’Institut celtique » et speaker sur Radio Rennes Bretagne, contrôlée par les nazis.  Ils passent par Paris et arrivent à Troyes. « Durant sa fuite vers l’Allemagne, le Bezen Perrot se signale à Troyes par l’exécution sommaire de Résistants sortis de leur geôle (Xavier Théophile, André Geoffroy, Chevillotte, dit Bleiz) ». Trois d’entre eux seront capturés à Colombey-les-Deux-Eglises et remis aux américains (Cadoudal, Lizidour et Rual). Les autres s’enfuirent en  l’Allemagne. 

Le cas Bezen Perrot et d’autres cas de collaboration furent traités par la Cour de Justice établie à Rennes en 1944. Ses pouvoirs furent transférés au Tribunal Permanent des Forces Armées à Paris, le 1er février 1951, qui était chargée de revoir tous les cas. Parmi une douzaine de bretons exilés en Allemagne de 1946 à 1948, 5 furent condamnés à mort par contumace dont Yann Bourc’hiz. La plupart d’entre eux se réfugièrent en Irlande grâce à la filière de faux papiers mise au point par Yann Fouéré et deux autres militants nationalistes en fuite.

Savoir et faire savoir pour éviter le pire.

L’impunité dont bénéficièrent certains criminels et des collaborateurs notoires ne fut pas sans conséquences. Nous leur devons en partie la renaissance de courants politiques menaçants. Certains n’ont-ils pas eu l’idée de donner le nom de Roparz Hémon à des établissements scolaires ! On trouve, paraît-il, sur des sites de vente par correspondance la bannière de la  Bezen Perrot fabriquée – ça ne s’invente pas – par une entreprise allemande. Ressemblant à l’un des drapeaux traditionnels de la Bretagne, le douteux signe de rassemblement fut, semble-t-il, utilisé lors de manifestations régionalistes : ignorance ou tentative de résurrection ? Alors que dans l’Europe en crise ressurgissent les vieux démons et les prémisses de guerres, la transmission du savoir est plus nécessaire que jamais. Le mémorial de Creney peut y contribuer. Il n’est pas inutile d’y inviter les enfants et leurs parents : ceux qui peuvent voter et ceux qui voteront bientôt.

Gérard Le Berre

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